« Detroit » de Kathryn Bigelow

26/10/2017 18:21

« Detroit » de Kathryn Bigelow avec John Boyega , Will Poulter, Algee Smith, Hannah Murray… Sortie Cinéma le 11 Octobre 2017

1967 est l’année de sortie de « Dans la chaleur de la nuit » de Norman Jewison, Sydney Poitier y campe un flic du nord confronté au racisme ambiant du sud des Etats Unis . 1967 c’est la guerre du Vietnam, la sortie de « Sergent Pepper  » l’album psychadélique des Beatles, symbole d’une fibre créatrice et inventive désinhibée . Mais c’est aussi des émeutes raciales et un couvre feu déclaré en juillet 1967 dans la 5 ème ville du pays : Detroit . Ces différents thèmes vont pourtant être abordés dans le film éponyme de Kathryn Bigelow « Detroit » !

Les afro-américains sont parqués dans des ghettos , les heurts avec la police se multiplient et l’état d’urgence va être décrété . Kathryn Bigelow (en pleine discussion avec Will Pouter sur le set) va dépeindre ces émeutes, ces tensions raciales et cette quasi dictature de fait au pays de l’Oncle Sam. Le préambule général est un peu long et didactique , arrive à bon escient et au bon moment  la « petite histoire ».

Un jeune chanteur-lead d’un groupe de soul « les Dramatics », Larry Cleveland (Algee Smith) , beau parleur et artiste convaincu de son talent, rêve de contrat de maison de disques (la Motown en ligne de mire). Il va voir son destin basculer lors d’une audition annulée à la dernière minute.Il va avec son meilleur ami se diriger vers un hôtel où un état festif est « sauvegardé » . Mais un incident va chambouler sa trajectoire quand il va croiser la route d’un flic un peu trop « vif de la gâchette » Krauss (Will Pouter), sciemment raciste et « hors de contrôle » .

Kathryn Bigelow signe un film coup de poing pas si facile d’accès , assez rêche par instants . C’est le reflet d’un des travers ingrat des Etats Unis , symbole de Liberté , d’un des ADN de la société américaine , la ségrégation et les violences policières .Elle s’appuie sur des faits réels datant des années 60 mais cette dénonciation reste d’actualité comme l’ont été les bavures policières envers les noirs sous l’ère Obama et les digressions racistes encore présentes en début de mandat Trump.( Incidents et manifestations de suprématistes de Charlottesville en Virginie en août 2017 et déclaration de l’état d’urgence)

Ici Bigelow va s’intéresser à des destins brisés et à la difficulté pour les noirs de se faire entendre , d’acquérir des droits civiques et de les faire respecter. Quand le jeune artiste noir chante devant une salle vide , on peut y voir une métaphore de la condition noire , difficile  pour une personne de couleur de s’imposer et d’exister au delà de la déception compréhensible du chanteur. Elle montre aussi avec effroi les violences policières avec le personnage désaxé incarné par Will Pouter (glaçant de conviction ) . Certains policiers vont outrepasser leurs fonctions jusqu’à sombrer dans la violence. C’est le cas avec Krauss , le meneur brutal et psychotique « Je veux vous entendre prier » dit il aux jeunes noirs plaqués contre le mur .

Cet épisode du pétage de plombs en règle des forces de police dure à l’écran , c’est à la limite de soutenable , tant l’humiliation, l’intimidation outrancière et le rabaissement sadique sont présents . Bigelow est coutumière du fait ou du « choix narratif assumé » , puisque dans la première partie de « Zero Dark Thirty » , la scène de la torture du terroriste présumé s’étire sur aussi sur la longueur. Ici cette scène de « torture psychologique » vire carrément au huis clos , à l’unité de lieu . Cela met mal à l’aise , déstabilise . la bêtise humaine et l’aveuglement violent de flics, le syndrome de la « contamination du groupe » , le dérapage et l’abus de pouvoir sont clairement montrés.

« Detroit » est un brûlot politique et sociétal . C’est un film témoignage puis qu’après l’épisode du dévissage en règle des flics se pose la question du système judiciaire vicié et clairement inadapté . Les auteurs de ces crimes seront acquittés suite à des erreurs de procédures (non lecture de leurs droits aux policiers incriminés) .

Le film est cinglant et assourdissant comme une détonation. Certains, à la sortie de la projection , regrettaient que le film soit estampillé « monumental » comme incrusté dans les affiches. Malheureusement « Detroit » ne semble pas trouvé son public et reste « sauvable » par les Oscars . 

Kathryn Bigelow n ‘a effectivement pas fait beaucoup de concessions , semble t-il , pour servir son propos : durée de  2 H 26 , images et photos d’archives, scènes assez crues et dures  … Néanmoins elle fait preuve d’une grande maîtrise de mise en scène même si l’exploitation des images d’époque paraît parfois inégales. John Boyega , découvert dans « Star Wars VII Le réveil de la force » a un rôle périphérique de vigile témoin et « modérateur » des incidents. Algee Smith et Will Poulter dans des rôles antinomiques sont les vraies révélations du film.

C’est un film puissant , fort, forcément par certains aspects « plombant » et pas « tous publics » .   

An "uppercut movie" reflecting the American society

Scénario
Réalisation
Interprétation
Musique
In july 1967 at Detroit a young lead singer from a soul music group "The Dramatics", Larry Cleveland (Algee Smith), a talker and artist convinced of his talent, dreams of a record label contract (Motown in the line of fire). He goes to see his destiny switch during a canceled audition at the last minute cause the curfew is decreed. He goes with his best friend to go to a hotel where a festive state is "saved". But an incident will disrupt his trajectory when he crosses the road of a cop a little too "keen of the trigger" Krauss (Will Pouter), knowingly racist and "out of control". Kathryn Bigelow signs a punch movie not so easy to access, rather rough at times. It is a reflection of one of the ungrateful crossings of the United States, symbol of Liberty, one of the DNA of American society, segregation and police violence. It relies on real facts dating back to the 60s but this denunciation remains relevant. This episode of the fooling of the racist policeman and psychopathic usurper of his duties lasts on the screen, it is on the verge of sustainable, so much humiliation, outrageous intimidation and sadistic belittling are present. The film is scathing and deafening like a detonation. Algee Smith and Will Poulter in antinomic roles are the true revelations of the film. It is a powerful film, strong, necessarily by some aspects "lead" and not "all public".
A chilling and effective political brulot
Category: Avis Cinefeel

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