Vilmos Zsigmond : Un artisan de la Lumière au Cinéma !

26/05/2016 18:21

Portrait d’un directeur photo/ chef opérateur mythique et exigeant , figure du Nouvel Hollywood : Zoom sur Vilmos Zsigmond à travers le documentaire :

« Close encounters with Vilmos Zsigmond » de Pierre Filmon

Présenté à Cannes Classics le vendredi 13 mai 2016 à 19H15 Salle Bunuel   Durée 1H20 Sortie Circuit restreint à partir de Juin 2016 & en Oct/Nov 2016 au Grand Action à Paris559303.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Le documentaire commence là où la genèse du projet a pris forme, au Cinéma le Grand Action Paris 5ème où Pierre Filmon officie en tant que projectionniste. Amoureux du Cinéma ,Il a sympathisé avec Darius Khondji , directeur photo star lors d’une projection de « Seven » en sa présence!

Khondji présenta Vilmos Zsigmung à Pierre Filmon . Ce dernier organisa une rétrospective, le courant passa, le documentaire était sur les rails !

« Close encounters with Vilmos Zsigmond » clin d’œil au titre original de « Rencontres du Troisième type » de Spielberg a un double intérêt !rencontres-du-3eme-type-03-g

Le premier est de mettre en lumière l’importance du chef opérateur dans le processus de création d’un film. Le second est de dresser le portrait d’un immigré hongrois passionné par son métier qui contribua par son travail et sa personnalité à transcender notamment certains films marquants du nouvel Hollywood des seventies !

A mes yeux, Vilmos Zsigmond a un physique un peu abrupt, barbu, cheveux longs, fort accent hongrois ,d’apparence un peu rigide et taciturne  ! C’était mon sentiment de spectateur en « première intention »  quand je l’ai découvert  avec son phrasé et ses idées un peu carrées sur le métier ! Cette  première impression va peu à peu au fil du docu se dissiper, l’empathie va s’installer   ! En abordant sa vision du travail Pierre Filmon nous fait découvrir un être simple, exigeant, perfectionniste et forcément attachant ! Cette progression d’affect vis-à-vis du personnage est un ressenti personnel à la vision du docu et n’était pas intentionnelle de la part de Pierre Filmon !

En bon « Cinematographer » et le terme anglo saxon est beaucoup plus juste et « parlant » , Vilmos a affectionné la photographie hongroise, les films néo réalistes italiens (Vittorio De Sica) et le graphisme du noir et blanc .Vilmos-Zsigmond

« Les ombres racontent l’histoire plus que la lumière »

Gordon Willis (Le Parrain/ Manhattan) un des maîtres des ombres surnommé « le prince des ténèbres »  ne l’aurait pas démenti !

La lumière s’apparente à des compositions picturales, Zsigmond cite ses « peintres références  » : Rembrandt, Le Caravage, De la Tour…

Au panthéon des directeurs photo il évoque son admiration et son sentiment sous-jacent d’appartenance à une famille de pointures plus ou moins connues de la direction photo : Kovàcs (Easy Rider/ la Barbe à papa), Wexler (Vol au-dessus d’un nid de coucou/ Les Moissons du ciel), Roizman (L’exorciste/French connection), Vittorio Storaro (Apocalypse Now / Le Dernier Empereur) Khondji (Seven / My bluebery nights).

Le docu nous montre le travail subtil du chef opérateur, vrai contributeur par sa sensibilité, ses partis pris, en accord avec le réalisateur, sur certains films, arrivant à capter quelques fois la beauté de la lumière naturelle et son caractère éphémère et millimétré en termes de mise ne place.

« Le réalisateur et le chef opérateur doivent avancer main dans la main ?. De la même façon que le réalisateur doit être proche de ses acteurs ? Une fois que c’est le cas c’est au chef opérateur de l’imprimer sur la pellicule » Peter Fonda

Le parcours de Vilmos Zsigmond n’a pas été simple « Quand on dit que c’est impossible ça donne l’envie de réussir » ! Il commença à travailler sur des films mineurs et travailla sur des films majeurs dans le Cinéma du Nouvel Hollywood ! Il va acquérir la nationalité américaine !720x405-GettyImages-71946772

Il aborde son travail sur « Délivrance » (1972), son côté « consultant artistique » et sa complicité mouvementée avec John Boorman .delivrance2 « Il ne faut pas que ce soit que de la belle lumière ! »

 

De grands réalisateurs se succèdent pour évoquer leur collaboration : Mark Rydell pour « The Rose » (1979) Jerry Schatzberg pour « L’épouvantail » (1973) Richard Donner pour « Maverick (1994)

.Vilmos Zsigmond parle de Spielberg avec sa double expérience sur Shugarland Express (1974)  et Close encounters of the third kind (1977)

John Travolta et Nancy Allen évoquent son travail sur Blow Out (1981) de De Palma .

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Pierre Filmon nous offre un voyage au pays talentueux d’un des chefs opérateurs les plus doués de sa génération à la fois pugnace, passionné, perfectionniste et attachant !

Un beau portrait à ne pas manquer pour tous les amoureux du Cinéma !

Pour ma « rétine et mémoire visuelle personnelle » Vilmos Zsigmond signa la photo du chef d’œuvre de Cimino «The Deer Hunter » (1978) !

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Vilmos Zsigmond 
sublima le plan d’ouverture de « L’épouvantail » (1973) de Jerry Schatzberg !

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NB La frontière est ténue mais elle existe et certains font le distinguo entre chef opérateur (en charge du cadre , du point et de la focale) et directeur de la photo (équipe lumière/ machinerie et caméra)

Pierre Filmon m’a accordé un entretien le Dimanche 15/05/2016  à Cannes :

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  • Le docu a –t-il été difficile à monter sachant que lors de la présentation, le présentateur a dit qu’i l y avait eu un long processus de visionnage des rushs ? le parrainage Cannes Classics a-t-il été un plus ? Des partenaires de production ont-il été faciles à trouver ?

Ce qui a été long c’est la fabrication du film . De l’accord donné de Vilmos Zsigmond à la présentation à Cannes Classics , le film a demandé 28 mois de fabrication . Je n’ai pas eu de soutien institutionnel. Mes producteurs m’ont suivi dès le début : Jean François Moussié de Fast Prod et Marc Olry de Lost Stream ! Ils ont pris des risques !

 

  • Le film représente combien d’heures de rush , de matériau brut ? Interviews sur plusieurs jours, semaines ? (A Los Angeles, Budapest, Paris)

Cela représente 40 heures de rush , 5 jours de tournage à Los Angeles, 10 jours aux USA, 2 jours à Budapest et une semaine à Paris lors de la rétrospective organisée en l’honneur de Vilmos .

  • Avez-vous essayé de contacter Brian De Palma et Steven Spielberg ?

De Palma ne m’a jamais répondu mais je sais que mes mails sont arrivés . Je veux croire qu’i l y avait un contrat d’exclusivité avec Noah Baumbach & Jake Paltrow qui lui ont consacré un documentaire présenté à Venise .

Avec Spielberg il y a eu un moment où il y a eu un espoir et puis ça ne s’est pas concrétisé ! Et je peux comprendre que ces grands messieurs aient un planning extrêmement chargé et doivent faire des choix !

3-bis) « Et le fait que Spielberg présente « Le bon gros géant », soit un ancien président du jury  du festival de Cannes, il y a un lien ténu avec le réal  , Thierry Frémaux a dit qu’il avait eu Spielberg au tel et qu’il était fébrile pour la présentation de son film .. Est-ce que c’est pas des tuyaux , des réseaux utiles pour l’avoir en interview :

C’est intéressant…Mais une chose était claire , personne n’allait intervenir contre sa volonté ! Tous les gens qui interviennent dans le film sont là parce qu’ils l’ont voulu vraiment sauf imprévus . Par exemple James Caan voulait être dans le documentaire mais des histoires de plannings et d’avions sont venues nous embêter !

  • Vilmos n’a pas tourné avec Scorsese , Coppola ou Friedkin, avait-il des regrets de ne pas avoir tourné avec ces grands metteurs en scènes ?

Il a tourné avec Scorsese sur The Last Walltz mas il n’était pas directeur de la photographie , il était un des chef op ! Il aurait adoré tourner avec Clint Eastwood Clint-Eastwood-The-best-photos-42 Il avait beaucoup de respect pour le travail de Gordon Willis par exemple qui a travaillé avec Coppola !

  • Connaissait-il la France et son Cinéma ? Puisque dans le docu il dit se sentir plus américain qu’hongrois ?

Nous n’avons pas parlé de cela avec Vilmos ! Par contre ses films préférés étaient : La Strada , Mort à Venise et Umberto D ! 

  • Quelle est la prochaine étape pour vous, la distribution du film, dans combien de salles et dans quel circuit ?

C’est Lost Films qui distribue le documentaire. Ils font un travail formidable et me soutiennent beaucoup ! Le film sera visible en circuit restreint !

 Il sera présenté entre le 1er et 7 juin 2016 au Gaumont Fauvette à Paris, le samedi 02/07/2016 à la Cinémathèque française à 19H30 ! Il sera présenté à La Rochelle cet été ! Et la boucle sera « bouclée » avec une présence au Grand Action fin Octobre début Novembre 2016 !

  • Vu votre patronyme « FILMON », pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour sauter le pas de la réalisation ?

Si vous saviez tous les échecs, toutes les tentatives avortées avant ce film , il y en a eu d’autres avant qui ne se sont pas réalisées !  Celui-là est là et on en profite !

Un projet de fiction est toujours dans l’air et j’espère qu’il se concrétisera « A dream last night » co-écrit avec Budd Schulberg , scénariste de « Sur les quais »Sur les quais : «J’ai eu la chance de travailler avec lui  Je lui dois beaucoup ! » « Vilmos c’est mon père de Cinéma et Budd c’est mon grand-père de Cinéma »

  • Quels étaient vos rapports avec Vilmos , ont-ils évolué au fil des interviews, c’est quelqu’un que vous connaissiez bien avant ?

J’étais admiratif de son œuvre, il a montré de la confiance envers moi quand il a vu l’incarnation de cette admiration lors de la rétrospective que j’ai organisé  !

  • Quels films marquants en tant que cinéphile ?

J’ai été marqué par les films des années 90 ! Pas de film en particulier !

  • Et votre expérience cannoise ?

Je rencontre des producteurs, des critiques, on ne parle que de Cinéma !

J’admire les gens qui font des films tous les ans les Woody Allen , les François Ozon…

A Cannes j’ai le sentiment d’être dans le plus beau musée d’art moderne du monde et la plus grande cinémathèque, la mémoire et le respect de la création contemporaine !

A very interesting documentary about Vilmos Zsigmund

Portrait of a mythical director of photography : Deliverance (Boorman) Close Encounters of the third kind (Spielberg), Blow Out (De Palma) The Deer Hunter (Cimino) ... Portrait also of a man, an Hungarian immigrant, perfectionist and endearing, a great professional who marked the History of Cinema : Vilmos Zsigmund ! The importance of light and shadows and artistic duet required between a director and his Cinematographer !
Category: Portraits

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