« Mektoub my love : canto uno » d’Abdellatif Kechiche avec Ophélie Bau, Shaïn Boumédine , Lou Luttiau, Salim Kechiouche, Alexia Chardard, Hafsia Hersi … Sortie Cinéma le mercredi 21 mars 2018
Pour commencer par le début Mektoub est de l’arabe qu’on peut traduire par « c’est ton destin » ou « c’est écrit ». Et quand on écoute les dialogues sans fin qui s’éternisent sur la longueur du film , on peut se demander si Abdellatif Kechiche ne nous adresse pas un message subliminal nous confirmant son travail réel d’écriture.La part d’improvisation se fait entendre. Car si ces pérégrinations de ces jeunes en vacances d’ été sur Sète en août 1994 peuvent attirer l’attention , le côté « smala d’Afrique du Nord » des « mères » parlant sur les amours des jeunes adultes, par exemple, frôle « l’indigestion auditive » . Certains critiques éclairés ont parlé de « réalisme » dans le propos , question d’appréciation purement subjective. La logorrhée enfantine et lambda, pauvre en épaisseur de ces jeunes en quête d’aventures amoureuses flirte plutôt avec la télé réalité ou un mauvais épisode de « Plus belle la vie » , tellement parfois le fonds est insipide. Tout le monde s’embrasse , se prend dans les bras dans ce marivaudage post adolescent et ça dure un peu trop.
Que raconte cette chronique « générationnelle » (à la bande son bien appuyée) où le maître mot semble être le désir ? Tony est un coureur (Salime Kechiouche) et empile les conquêtes. La dernière en date est Charlotte , une étudiante BC BG en école de commerce ( Alexia Chardard), accompagnée de son amie , Céline (Lou Luttiau) . Mais il semble que ce séducteur volage ait un faible pour Ophélie (Ophélie Bau) , belle comme un brugnon , à la peau mate et aux formes voluptueuses , une sorte de sex-friend « secrète » occasionnelle et régulière , fiancée d’un soldat en mission et fille du pays , connue de la bande de jeunes fêtards du coin. Amin , cousin de Tony , descend de Paris pour passer l’été avec sa famille et ses amis d’enfance dont la belle Ophélie . Ces deux derniers vont se rapprocher et renforcer leur complicité. Amin est introverti , plus effacé que les autres ,observateur et à l’écoute , Photographe amateur et scénariste, il dénote avec l’ambiance festive un peu superficielle qui règne en cette période estivale. Que lui réserve le destin ?
Abdellatif Kechiche a connu la consécration critique et publique en 2013 avec « La Vie d’adèle chapitre 1 et 2 », d’une durée de 2H 57′, Palme d’or à Cannes avec une mention spéciale pour les deux actrices principales Adèle Exrachopoulos et Léa Seydoux. « Mektoub my love » CANTO UNO càd « chant premier ou première partie » fait lui 2H 55′ ! Un sentiment paradoxal et pas très cartésien m’a envahit lors de la vision du film . En effet les grandes tirades du quotidien de certains protagonistes s’étirent parfois jusqu’à l’ennui. D’un autre côté , ce rythme singulier et imposé par Kechiche m’a peu à peu , mais très lentement, fait rentrer dans le film . Il m’a fallut quand même presque deux heures! Et puis j’ai plus apprécié , le dernier tiers où l’on pressent l’évolution des personnages dont les plus attachants et les mieux incarnés sont Ophélie et Amin. Si cette adhésion se fait , en dehors de la patte présumée du réalisateur au niveau des choix formels (lumière saturée du soleil , une certaine fluidité, une crudité de la « scène d’exposition »…) c’est aussi que les deux interprètes font preuve d’une fraîcheur et d’une justesse convaincantes et plein de charme . (Photo du bas , les deux acteurs ,en tenue de soirée, sont cote à cote sur le tapis rouge lors de la première à Venise)
Ophélie BAU est en effet une vraie révélation , un sourire désarmant, une beauté pulpeuse et généreuse.Elle contribue beaucoup à l’adhésion (partielle pour ma part) au film , au delà de la scène de sexe du départ (sa nudité et ses fesses en gros plan) par son naturel et sa présence charismatique détachée. Shaïn Boumédine a lui aussi un sourire charmeur, une belle présence et véhicule une sorte d’amour retenu et déçu par son attitude introvertie, son caractère emprunté sur la défensive .
Est que l’alchimie entre le feu (Ophélie) et la glace (Amin) aura lieu ? C’est la problématique laissée en filigrane, à la fin de ce « premier volet » de Mektoub my love !
Kechiche a tourné des heures et des heures de rush mais « Mektoub my love » aurait mérité quelques coupes salvatrices qui nous auraient épargnées des moments de « gênances » comme disent la jeune génération. Car ces tranches de vie ,sensées « être typiques » sont , de mon point de vue creuses et terriblement vaines par moments. Le récit s’éparpille comme l’intérêt du spectateur surtout dans la première partie du film.Certains voient dans le film une filiation avec Rohmer, Renoir ou Diane Kurys et de manière plus évidente avec le Cinéma de …Kechiche.
Le film est librement adapté d’un roman de François Bégaudeau « La blessure la vraie ». Kechiche prévoit donc une suite à ces errements dans les bars , les discothèques et la plage de ces jeunes qui papillonnent , se perdent et se trouvent ! Pas sûr que la tonalité de la ou des suites , CANTO Intermezzo & DUE , change ou tranche par rapport à « Mektoub my love » de toute manière , par ses partis pris en « roue libre », ne fera pas l’unanimité ce que ne recherche pas à l’évidence Kechiche !